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"La Pologne et les deux canards..."

24.10.05, 10:15





La Pologne et les deux "canards"
LE MONDE | 22.10.05 | 12h55 • Mis à jour le 22.10.05 | 13h04


e principe est simple : "Mon frère et moi, moi et mon frère, avons souvent eu
raison avant les autres." Tout est dit dans cette phase prononcée un jour par
Lech Kaczynski devant le congrès du parti conservateur polonais. Elle résume
la proximité fusionnelle des deux jumeaux, aussi semblables physiquement que
deux gouttes d'eau, à un grain de beauté près ­ sur la joue de l'un. Et aussi
leur certitude qu'un destin national s'offre à eux.


"Moi et mon frère, mon frère et moi..." Jaroslaw et Lech. Lech et Jaroslaw...
Deux petits bonshommes replets, cheveux gris ondulés coupés courts, deux
vieux routiers de la politique polonaise aux convictions conservatrices
chevillées au corps, qui pourraient, théoriquement, monopoliser les deux plus
hautes fonctions de l'Etat. L'un au palais présidentiel, l'autre au siège du
gouvernement, 3 kilomètres plus loin sur cette même voie royale de Varsovie.
Lech, maire de Varsovie depuis 2001, a en effet encore des chances de devenir
le 23 octobre le troisième président de la Pologne démocratique, après Lech
Walesa (1990-1995) et Alexandre Kwasniewski (1995-2005). Jaroslaw, né
quarante-cinq minutes avant son frère, est le tout puissant président du
parti conservateur Droit et justice (PiS), sorti vainqueur des législatives
du 25 septembre 2005.

Les sondages ont montré qu'une telle "république gémellaire" rebuterait les
Polonais. Jaroslaw Kaczynski l'a d'ailleurs compris. Contre toute attente, il
a renoncé à devenir premier ministre pour ne pas entraver la course de son
frère vers la présidence. Sacrifice fraternel ou calcul politique ? Les
opinions sont partagées.

Les deux "canards", ainsi surnommés par analogie phonique avec leur nom de
famille, peut-être aussi en raison de leur silhouette rondouillarde et d'une
voix parfois nasillarde ­ sont incontournables sur la scène politique
polonaise où ils traînent une réputation de chamailleurs. Comme lorsqu'ils
étaient enfants et déjà célèbres.

Les Polonais découvrent les jumeaux Kaczynski en 1962 sur les écrans de
cinéma. Lech et Jaroslaw, nés le 18 juin 1949 à Varsovie, sont les jeunes
vedettes d'un film à succès, Les deux garnements qui ont volé la lune, où les
deux têtes blondes enchaînent les tours de malice. Dans la réalité, Lech
remplace son frère au collège pour les interrogations en lettres quand
Jaroslaw se charge des matières scientifiques. Les deux enfants seront
finalement inscrits dans des collèges différents.

A la fac, tous deux étudient le droit mais Lech émigre à l'université de
Gdansk, sur les bords de la Baltique, ville où il se marie et résidera
jusqu'à son élection à la mairie de Varsovie, en 2001. Son frère, célibataire
endurci, demeure dans la capitale polonaise, au sein du cocon familial, une
petite maison un peu vieillotte située dans le quartier tranquille et
résidentiel de Zoliborz où on le voit se rendre à la messe dominicale, bras
dessus-bras dessous avec sa vieille maman Jadwiga.

Leurs vies privées divergent mais leur route se recoupent invariablement dans
le maquis de l'anticommunisme et sur le terrain d'un patriotisme exacerbé.
Ils ont de qui tenir. Jadwiga et Rajmund, les parents, sont des vétérans de
l'insurrection de Varsovie, en août 1944, soulèvement antinazi autant
qu'antirusse. Dans les magazines polonais, Jadwiga, philologue à la retraite,
se souvient : "Enfants, ils étaient drôles. Tous les soirs après la prière,
ils entonnaient l'hymne polonais : La Pologne n'est pas morte tant que nous
vivons..." Il ne s'agissait pas d'une facétie de jeunes acteurs. "Je retir
ais des discussions familiales que la Pologne était opprimée et que le
système communiste avait été imposée par la force. J'étais convaincu qu'une
nouvelle guerre allai t éclater", témoignera Lech Kaczynski.

Vient l'heure des premiers engagements. En 1968, la contestation étudiante
gagne la Pologne. Les communistes répondent par une purge antisémite. Puis,
dix ans avant la naissance du mouvement Solidarité, la grève des chantiers
navals de Gdansk est réprimée dans le sang. "Jaroslaw décide alors de devenir
un révolutionnaire professionnel ", se souvient Maciej Letowski, son collègue
à l'université de droit. On est en pleine guerre froide, trente ans avant la
chute ­ alors inimaginable ­ du mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS.
Combien de Polonais osent imaginer la fin de l'occupation soviétique ?
Beaucoup se fondent dans le moule communiste par opportunisme plus que par
convictions. "Jaroslaw, lui, était persuadé qu'il verrait de son vivant la
fin du communisme ", ajoute Maciej Letowski, chroniqueur politique demeuré
proche du chef du parti conservateur. " Il se place alors en marge de la
société, renonce à toute vie familiale et s'engage dans le KOR (mouvement
anticommuniste préfigurant Solidarité)", précise-t-il.

A Gdansk, son frère Lech devient, lui aussi, un agitateur professionnel au
cœur du bastion de la contestation polonaise. Spécialiste en droit du
travail, il conseille les grévistes des chantiers navals, lors du grand
mouvement de 1980 qui donnera naissance au premier syndicat libre dans la
sphère communiste. Délégué au premier congrès historique de Solidarité, en
1980, il devient un proche de Lech Walesa. Classé comme "élément
antisocialiste" par les communistes, il est interné plusieurs mois pendant
l'état de guerre décrété, en décembre 1981, par le général Jaruzelski. Puis
il participe à la table ronde pouvoir-opposition du printemps 1989 qui scelle
la fin du communisme.

Les trajectoires comparables des deux frères et leur gémellité n'en font pas
pour autant des clones. "Lech est sous l'influence de son frère ", tranche
Jan Litynski, l'un des dirigeants historique de Solidarité, qui
ajoute : "Lech, lié au comité Helsinki de défense des droits de l'homme dans
les années 1980, affiche une sensibilité social-démocrate alors que Jaroslaw
est beaucoup plus conservateur. Au début, ils n'étaient pas d'accord sur un
sujet tel que la peine de mort, par exemple ."

"De nous deux, Jaroslaw est le penseur ", a reconnu Lech, lors d'une
conférence de presse, pendant la campagne électorale. Jaroslaw est aussi le
tribun. Celui qui a popularisé l'expression "gouverner depuis le siège
arrière de la voiture ". Une pratique qu'il reprochait à d'autres et qu'on le
soupçonne de vouloir reprendre aujourd'hui à son compte. Car pour beaucoup
d'observateurs, la désignation par le parti conservateur (PiS) de Kazimierz
Marcinkiewicz comme candidat au poste de premier ministre transpire la
manœuvre politique. Haut fonctionnaire et député respecté mais inconnu du
grand public, Kazimierz Marcinkiewicz ne serait que la marionnette dont le
chef de Droit et justice tirerait les ficelles, un premier ministre potentiel
et intérimaire nommé dans l'attente du résultat de la présidentielle.

Elle n'est pas encore gagnée, mais les deux "canards", grâce à leurs nuances
idéologiques, ratissent large dans l'électorat polonais : un coup à droite,
un coup à gauche. "Des sociaux-démocrates attirés par leur protectionnisme
social ont voté pour PiS aux législatives (du 25 septembre 2005)", observe
Piotr Cywinski, jeune intellectuel proeuropéen et président du Club de
l'Intelligentsia catholique (KIK). A l'opposé, les ultracatholiques
intégristes regroupés a
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