Gość: Francja pisze
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08.06.10, 12:35
A Overijse, les Belges otages de la guerre linguistique.
A Overijse, en périphérie flamande de Bruxelles, la consigne est claire : on
parle, on lit, on commerce et on fait du sport uniquement en néerlandais
malgré une forte présence francophone.
Décidé à protéger le caractère flamand de cette commune de 24.000 âmes
encastrée entre Bruxelles - bilingue mais peuplée à plus de 85% par des
francophones - et la Wallonie, son bourgmestre (maire) a lancé une guerre
contre le français, bien avant les élections législatives de dimanche prochain.
Les agents municipaux et policiers ont interdiction totale de parler dans une
autre langue que le néerlandais, même aux touristes et aux nombreux étrangers
qui s'y sont installés, attirés par un cadre champêtre et bucolique à 15
minutes des institutions européennes et du centre de la capitale belge.
Les commerçants sont quant à eux surveillés afin que leurs enseignes et leurs
publicités ne s'affichent qu'en néerlandais.
Le journal communal invite d'ailleurs les habitants à dénoncer tout manquement
à cette règle, une adresse de courrier électronique ayant été créée à cet
effet, et des lettres de rappel sont envoyées aux récalcitrants.
Pour un francophone, acheter une maison ou un terrain sur le territoire de la
commune relève du parcours d'obstacle.
Le site internet officiel de la commune annonce d'ailleurs la couleur :
Overijse est "flamande, verte, accueillante".
Résultat : à Overijse, on n'utilise plus un "American system" pour laver sa
voiture mais un "Amerikaans systeem". Disparus également le "Apotheek -
Pharmacie" ou le "Te koop - A vendre" au profit de la seule mention flamande.
Plus non plus de livres en français à la bibliothèque ni de presse francophone
à la librairie de la ville.
"Ceux qui n'obéissent pas sont tagués ou ont des contrôles fiscaux. Les gens
vivent dans la crainte", explique Hadelin Del Marmol, conseiller communal et
président de la section locale des Fédéralistes Démocrates Francophones (FDF).
"Ça devient complètement débile. A la piscine on dit même à nos enfants de
nager en flamand", ajoute-t-il.
QUID APRÈS LES ÉLECTIONS ?
Avant d'être connue pour la politique linguistique de son bourgmestre (maire),
Overijse l'était pour son raisin cultivé sous serre, qui a donné son emblème à
la ville.
C'est également le lieu de naissance de Juste Lipse, un humaniste polyglotte
du XVIe siècle qui a donné son nom au bâtiment où se déroulent à Bruxelles les
réunions ministérielles et les sommets de l'Union européenne.
Le bourgmestre de la bourgade, Dirk Brankaer, dirige actuellement la ville à
la tête d'une coalition de partis flamands formée par les démocrates-chrétiens
du CD&V, le parti séparatiste N-VA et les libéraux de l'Open VLD.
L'opposition, assurée par neuf représentants de l'Union des francophones, soit
un tiers des membres du conseil communal, explique que les tracasseries ont
commencé avec la victoire électorale d'Yves Leterme au niveau fédéral en 2007
à la tête d'une alliance formée par la CD&V et la N-VA.
Ils prédisent une situation pire si ce dernier parti, qui caracole en tête
dans les sondages à moins d'une semaine des élections législatives du 13 juin
2010, fait son retour au gouvernement fédéral, cette fois en position de force.
D'autant que le futur de Bruxelles-Hal-Vilvorde, l'arrondissement judiciaire
et électoral qui englobe Bruxelles et sa périphérie, sera le premier dossier
sur la table du gouvernement qui sortira des urnes.
Overijse est en effet l'une des 54 communes de cet arrondissement mais, avec
Rhode-Saint-Genèse et Hoeilaart, elle est particulièrement stratégique car
c'est le dernier rempart contre la jonction linguistique entre la Wallonie et
Bruxelles.
"Si les choses se tendent encore, certains francophones sont prêts à
déménager", dit Hadelin Del Marmol.
LES HABITANTS FATIGUÉS
Malgré de multiples tentatives, il n'a pas été possible à Reuters de joindre
Dirk Brankaer.
Celui-ci s'est cependant défendu dans le passé de pratiquer une politique
d'exclusion, affirmant qu'il protège la population flamande.
Reste que les habitants sont fatigués de cette situation et beaucoup disent se
sentir pris en otage.
Les nombreux expatriés européens de la commune se sont désintéressés de la vie
communale et seule une poignée d'entre eux ont voté aux dernières élections
municipales.
Flamands et francophones évoquent - quant à eux - une cohabitation pacifique
entre les deux communautés même s'ils reconnaissent des accrocs ponctuels et
la progression de certains comportements plus intransigeants.
"Entre habitants ou avec les commerçants, il n'y a aucun souci, sauf à de très
rares exceptions", dit un francophone habitant à Jesus-Eik, un quartier
d'Overijse.
"Ce sont des problèmes individuels, que l'on généralise", dit un autre
habitant, néerlandophone, dans un français parfait.
Derrière lui, flottent les 10 drapeaux flamands qui entourent la place
centrale de la ville et un seul drapeau belge.
Julien Toyer, édité par Yves Clarisse