Zmarl w Belgii polski dziennikarz, Unger Leopold

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Leopold Unger, alias Pol Mathil, dziennikarz w Brukseli

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    • Gość: Lettre de Lonek-1 Pol Mathil, alias Leopold Unger IP: *.187-128-109.adsl-dyn.isp.belgacom.be 21.12.11, 13:20
      La lettre de Lonek, mon passeport pour la vie
      MATHIL,POL
      Mardi 23.7.2002
      La lettre de Lonek, mon passeport pour la vie« L'Intrus » (2/12)
      LEOPOLD UNGER
      J'ouvre les yeux, mais j'ai du mal à réaliser où je suis, ce que je dois faire. Je regarde les quatre murs d'une chambre que je ne reconnais pas. Lentement, je renoue le fil : notre fuite de Lvov devant les nazis, mon frère aîné Lonek près de moi, la frontière roumaine, enfin Bucarest et cette chambre. Vide. Nous sommes le 12 octobre 1939. Lonek m'a quitté la nuit, me laissant une lettre. Ce sera mon passeport pour la vie.
      Bucarest, le 11/10/1939
      Accepte ces quelques mots comme étant indiqués, non seulement sur observation de ta manière d'être et de ton caractère, mais parce qu'ils valent comme remarques d'ordre général.
      1) L'argent. Quoi qu'on puisse en dire de mal, son bon côté est la tranquillité d'esprit qu'il donne, consistant dans la possibilité de combler ses besoins. Donc pas dans le fait de s'acheter des cigarettes ou d'aller au cinéma, mais dans celui de pouvoir le faire. La capacité durable importe plus qu'une satisfaction ponctuelle. Respecte donc ces quelques sous qui te restent, refuse-toi ce qui ne t'est pas indispensable, épargne-toi le désappointement de celui qui n'a pas de quoi s'acheter un timbre postal.
      2) La propreté est ce facteur qui, à mon sens, rend sympathiques les gens pauvres. Tu devrais donc accorder plus d'attention à ta propreté personnelle.
      3) Comporte-toi avec discrétion. Souviens-toi que les gens ont leurs faiblesses, qu'il ne convient pas de les ridiculiser, et qu'il ne faut jamais se pousser en avant, surtout sans avoir ses arrières assurés.
      4) Rappelle-toi le sage conseil de ta mère : « Ne vis jamais aussi bien avec quelqu'un que tu ne puisses te fâcher avec lui; ne te fâche jamais aussi fort que tu ne puisses te réconcilier. »
      5) Souviens-toi que tu n'es pas seul en vie, que tu as certaines obligations, que tu as laissé de vieux parents, peut-être faudra-t-il leur venir en aide. Tends donc à maîtriser rapidement et parfaitement un métier : un bon professionnel qu'il soit cantonnier ou professeur d'université reviendra toujours à la surface.
      6) Reconnais que seuls de rares sportifs pouvaient encore dans leur quarantième année consommer les fruits de leur sprint ou de leur lancer de javelot, alors qu'un bon mécanicien est à cet âge-là souvent déjà à la tête de grands ateliers.
      7) Sois prudent dans ce que tu dis et écris particulièrement actuel de nos jours , tu pourrais nuire non seulement à toi-même, mais aussi aux destinataires.
      8) Souviens-toi de l'importance des langues étrangères je ne dois pas t'en convaincre et profite de chaque occasion pour t'en familiariser. La base ne peut en être toutefois que systématisme et exercice.
      9) Tu es en vérité encore fort jeune, mais je te dirai également ceci : ne te lie pas trop jeune avec une femme. Après un certain temps s'éveille le sentiment d'avoir manqué la chance de sa vie, d'une résignation inutile.
      Ce n'est peut-être pas tout ce que je pourrais te dire, mais je n'ai plus la patience. Accepte ceci comme une volonté de t'aider sur ta nouvelle, et désormais totalement indépendante sans maman, etc. , voie dans la vie.
      Lonek.
      Il disparut sans laisser de trace autre que cette lettre, que je connais par coeur, dont je ne me suis jamais séparé, et à laquelle je suis toujours revenu dans des moments pénibles, c'est-à-dire souvent.
      Je n'ai pu reconstituer le sort de Lonek que quelques années après la guerre. Leon Unger, sous-lieutenant de la 15e compagnie du IIe Corps de l'Armée polonaise, est tombé le 29 janvier 1945 à Bologne. Le 11 octobre 1939 il avait quitté Bucarest, et s'était dirigé vers la frontière polono-roumaine, occupée déjà par l'armée soviétique. Il pensait que, dans le désordre général, il sauterait la frontière sans encombre afin rejoindre Lvov et s'occuper de ses parents et de sa femme. Il n'atteignit jamais la ville, mais tomba aux mains du NKVD (ancêtre du KGB), et fut déporté au Goulag.
      A Tel Aviv, que Lonek atteignit en tant qu'officier du IIe Corps d'Armée du général Anders (formé en 1942 en URSS à partir des prisonniers polonais faits par les Soviétiques en 1939), on essaya de le convaincre de rester en Palestine, comme beaucoup d'autres Juifs le firent avec l'accord, voire l'encouragement des autorités polonaises en exil. Lonek refusa, en appelant à ses devoirs de fils, de frère aîné et de mari, lesquels devoirs le ramèneraient certainement après la victoire à Lvov en Pologne, chose impossible s'il avait pris une décision qu'un jour on eût pu considérer comme une désertion. Le sort en voulut autrement. Lorsque Lonek tomba aux abords de Bologne, nos parents et son épouse n'étaient plus en vie depuis longtemps. Leurs tombes sont inexistantes, ne reste que celle de Lonek... Il laissa 70 livres anglaises, quelques photos militaires, plusieurs décorations dont la Croix du Mont-Cassin. Et sa lettre, mon passeport pour la vie d'adulte (...)
      Le 12 octobre 1939, je me retrouvai donc seul, sans aucune assistance, ni métier ni expérience, arraché à mon cocon et projeté dans un autre monde, une autre langue, d'autres coutumes et, j'aurais bientôt l'occasion de m'en convaincre, dans une nouvelle phase de l'histoire. Je devais mûrir, entrer dans une nouvelle vie, la vie adulte. Je fonctionnais à l'instinct. J'ignore comment je réussis à éviter de tomber dans le caniveau au propre comme au figuré ni pour combien je le dois au mérite ou à la chance. Ma première tentative d'homme responsable se solda par un échec. Je suivis d'autres jeunes et me présentai à la Commission de recrutement militaire auprès du Consulat polonais. J'étais jeune, sportif et en bonne santé. Puisque c'est la guerre, me dis-je, je pars à la guerre en France (1). Le sort en décida autrement. En tenue d'Adam devant les médecins je m'entendis dire : « Inapte ». Mon étonnement fut de courte durée, quelqu'un dans le couloir m'expliqua qu'on ne prenait pas les... circoncis. Le choix fut fait : « Je reste en Roumanie ».
      J'atterris au lycée polonais de Bucarest. Cela donna non seulement un contenu à mon existence, mais aussi un droit de séjour dans la ville, assorti d'une « Bilet de identitate » en bonne et due forme et d'une allocation de 3.000 lei mensuels. Cela ne suffisait pas à vivre normalement, mais permettait d'éviter de mourir de faim...
      Des quelque 2.500 Juifs polonais ayant fui vers la Roumanie, beaucoup, surtout les jeunes, poursuivirent immédiatement leur chemin, en général vers la Palestine. Les autres qui, tels que moi, isolés et dépourvus de bons conseils, restèrent sottement dans une Roumanie condamnée à tomber dans les mains de Hitler, s'avérèrent dans le malheur incroyablement chanceux. Sur la toile de fond d'une Roumanie passée au fascisme et vassalisée, le rapport aux Juifs polonais de l'Etat roumain pro-hitlérien constitue un cas d'espèce. Simplement : les Roumains ne nous considérèrent pas comme des Juifs, mais comme des Polonais et, contrairement au traitement réservé aux Juifs roumains, n'employèrent jamais la force à l'encontre des Juifs polonais.
      C'est ainsi que, non sans épisodes dangereux, je passai la guerre et l'occupation hitlérienne comme Juif tout ce qu'il y eut de plus officiel. Mon « Bilet de identitate pentru Refugiatul Polon » émis par le Commissariat aux Réfugiés polonais le 16 juin 1940 et prolongé le 8 mai 1942 le mentionnait tout net : à la rubrique « Origina etnica » figurait la mention « Evreu » (Juif), et à la case « Religia » la mention « Mozaica » (Israélite). Nous ne pouv
      • Gość: Lettre de Lonek-2 Re: Pol Mathil, alias Leopold Unger IP: *.187-128-109.adsl-dyn.isp.belgacom.be 21.12.11, 13:21
        C'est ainsi aussi que, comme n'importe quel autre jeune réfugié polonais, j'achevai mes études secondaires au lycée polonais de Bucarest. Avec à la clé un certificat de maturité « ne donnant pas le droit d'exercer une profession », mais équivalent au baccalauréat d'état roumain. Sans distinction d'origine ou de religion. Ainsi, avec une dizaine d'autres, nous fûmes probablement les seuls Juifs en Europe occupée à fréquenter normalement l'université.

        Le 23.08.1944, les Soviétiques pénétrèrent dans la capitale. Quel spectacle ! Les soldats de première ligne de l'Armée Rouge se comportaient effroyablement : ils pillaient, déshabillaient les passants en pleine rue, buvaient tout ce qui comportait le moindre degré d'alcool, et violaient où et quand ils le pouvaient. Après 17 heures, début du couvre-feu, la ville se vidait, et même ceux qui portaient des laissez-passer, diplomates ou autres, n'avaient pas l'audace de circuler: l'Armée Rouge déshabillait, confisquait tout, surtout les montres, avant de poser des questions, si elle en posait.

        Pour ma part, après cinq ans de stage comme « Evreu » en Roumanie, je m'expliquais aisément le comportement, disons peu convenable, de ces soldats. Les Soviétiques, dont je vis de près les visages marqués et les loques tenant lieu d'uniformes, entrèrent en août 1944 dans le Paris des Balkans, une ville florissante, pleine de luxe, du moins à leurs yeux, et de jolies femmes. Ils étaient assoiffés de tout, après avoir traversé un parcours infernal d'Odessa à Kichiniev, un territoire entièrement pillé, détruit et brûlé principalement par les Roumains en fuite, dont ce fut justement la zone d'occupation. Rien de surprenant, me disais-je, que les soldats soviétiques y avaient attrapé la folie furieuse. Au demeurant, peu de temps après leur entrée dans Bucarest, lorsque leur comportement devint politiquement gênant, le NKVD (l'ancêtre du KGB) ramena l'ordre à sa manière. Quelques exécutions publiques de leurs propres soldats mirent fin à « l'autogestion ». Le pillage ne manqua pas de se poursuivre, mais de façon plus discrète. Deux cimetières apparurent aux abords de Bucarest : l'un composé des butins attendant leur transfert vers l'Union Soviétique (notamment un champ de pianos), l'autre de tombes généralement anonymes, celles des soldats soviétiques pacifiés par le NKVD...

        A l'ombre des grandes transformations, pour nous, les réfugiés polonais, la nouvelle réalité - soviétique - arriva sous la forme... de nouveaux documents, et avec eux le signal du départ, vers la Pologne mais aussi ailleurs. Le vide se faisait autour de moi, les plus proches ayant fait leurs valises. Une fois de plus, ce fut le hasard qui décida. Il venait de se créer un Institut Polonais, lequel entama la publication des « Nouvelles Polonaises ». Ce n'était évidemment pas un journal à la mesure du « New York Times », mais c'était tout de même une rédaction, où je pris pleine conscience de ma vocation. C'est là, dans ce modeste bulletin de réfugiés, que j'entamai mon chemin de plus de cinquante ans à ce jour dans le journalisme.

        En février 1948, c'est encore le hasard qui écrivit la suite. L'Agence de Presse Polonaise (PAP) décréta pour mon bonheur qu'elle devait disposer de correspondants dans les « pays frères ». Un émissaire descendit donc à Bucarest, et fut assez naturellement dirigé vers moi: j'avais déjà fait mes preuves, j'étais idéologiquement non suspect, je connaissais les langues et pas mal de gens à Bucarest. Mon travail pour la PAP à Bucarest ne devait durer que quelques mois, mais décida de toute ma vie: c'est de ce moment que date mon ancienneté officielle dans le métier.

        Je réussis à occuper une certaine position dans le milieu politique de Bucarest. Je fus notamment l'un des fondateurs et membre du premier Bureau de l'Association de la Presse Etrangère en Roumanie. Le président en était évidemment le correspondant de l'agence TASS, l'agence de presse soviétique... fusillé peu après son retour à Moscou. Au nombre des membres se trouvait également Yves Franck, correspondant de ce qui s'appelait à l'époque l'agence Havas avant de devenir l'Agence France Presse. Franck n'avait toutefois pas de chance: il était citoyen roumain. Aussi lors de la première vague de stalinisation, particulièrement honteuse et cruelle, il fut arrêté, en tant qu'espion impérialiste bien entendu, et condamné à des années de prison. Une fois sorti, il réussit à partir pour la Suisse. Je le rencontrai un jour... à la rédaction du « Soir » où je travaillais déjà, et pour lequel il était correspondant à Genève !·

        Traduit du polonais par Jurek Kuszkiewicz

        (1) L'Armée polonaise tenta une première fois de reconstituer une armée en France, tentative interrompue par la débâcle de juin 1940.

        Demain : L'anti-modèle à Varsovie

        RePÈRES

        En septembre 1939, au début de la deuxième guerre mondiale, la Roumanie proclama sa neutralité.

        Elle accueillit des milliers de soldats polonais en retrait devant l'offensive de la Wehrmacht et de l'Armée rouge, qui, quasi simultanément, envahirent et se partagèrent la Pologne.

        Très vite, cependant, la Roumanie s'est vue aspirée par le tourbillon de la guerre. D'abord, sous la pression de Hitler et de Staline, à l'époque complices et alliés, la Roumanie a dû céder à l'URSS la Bessarabie (aujourd'hui la Moldavie) et la Boukhovine, aujourd'hui dans le sud de l'Ukraine.

        Antonescu combattit aux côtés de Hitler contre l'URSS, essuya des pertes énormes, notamment sous Stalingrad, avant de changer son fusil d'épaule en été 1944, dans un complot couvert par le roi Michel , et de s'allier à l'URSS.

        Entre 1944 et 1989, la Roumanie vivra une longue dictature communiste, une des plus atroces et des plus stupides en Europe. Elle sera achevée par l'exécution du couple « maudit » des Ceausescu en décembre 1989.


        Le Soir
        • Gość: L'Intrus-1 Lvov Pol Mathil, alias Leopold Unger IP: *.187-128-109.adsl-dyn.isp.belgacom.be 21.12.11, 13:26
          Le chemin parcouru par un homme

          Pour lire «..L'Intrus.» Lvov, terre «.fertile.»., début d'un long itinéraire

          DELVAUX Béatrice; MATHIL Pol - Journal "Le Soir" - Bruxelles

          Lundi 22.07.2002

          Le chemin parcouru par un homme

          Il y a un an, Pol Mathil de son vrai nom Leopold Unger journaliste au « Soir » depuis 1969, publiait en Pologne, dans son pays et sa langue natales, « Intruz » (« L'Intrus »), un livre qui raconte un parcours d'un demi-siècle. De conversation en conversation, l'idée a germé dans nos esprits : et si Pol contait son récit aux lecteurs du « Soir » ? Un moment interrogatif, il a répondu positivement à notre suggestion, aidé dans la traduction et la réécriture de son texte original par Jurek Kuczkiewicz, qui fut aussi du « Soir ».

          C'est cette publication que nous vous proposons aujourd'hui, déclinée en douze épisodes. Un témoignage qui court sur cinquante ans, retraçant la vie d'un journaliste : vingt ans à l'Est du Mur, vingt ans à l'Ouest du Mur et dix ans sans ce Mur.

          Il n'est pas question ici d'une histoire de la Pologne. Ni d'une thèse sur le comportement de la presse sous différents régimes. Il s'agit simplement du chemin parcouru par un homme, journaliste, polonais, juif, un récit à la première personne, subjectif, bouleversant, fatalement instructif.

          L'intérêt de cette publication ? Il nous paraît surtout historique , relatant d'une part aux lecteurs occidentaux la réalité quotidienne vécue par un individu derrière le Mur; et d'autre part, l'insertion de ce même personnage dans une société occidentale et dans un journal, « Le Soir », que notre Polonais alors en exil considère comme l'un des plus libres au monde.

          La trame de ce roman biographique permet de parcourir 50 ans d'histoire européenne : la Pologne occupée par les Allemands puis annexée par les Soviétiques, la crise des missiles à Cuba, la chute du communisme, l'avènement de la démocratie dans la Pologne de Walesa.

          A l'occasion de la sortie d'« Intruz », le président polonais Aleksander Kwasniewski a eu ces mots pour notre confrère : « Votre point de vue est parfois totalement en accord avec ce que nous pensons. Mais, il est aussi parfois opposé à nos jugements quotidiens. Nous vous devons pour cette raison des remerciements chaleureux car vous ouvrez devant nous une autre perspective de pensée. C'est important, et même nécessaire. »

          Au lecteur du journal « Soir » d'en profiter aujourd'hui. Bonne lecture.·

          Béatrice Delvaux
          Rédactrice en chef du journal "Le Soir" - Bruxelles

          Pour lire « L'Intrus »

          L'Intrus » n'est pas un journal, ni une autobiographie, ni un travail d'historien. C'est le récit d'une longue aventure d'un seul journaliste, une boucle qui referme plus de 50 ans de travail, toujours pour un quotidien, dans plusieurs langues, sous plusieurs régimes, toujours sous le stress, jamais avec ennui, et généralement en conflit avec le modèle en vigueur. C'est donc l'aventure d'un éternel anti-modèle. Le livre dont pendant 12 jours « Le Soir » va publier des extraits, fait 400 pages. Le texte dans « Le Soir » n'en reprend qu'une quarantaine, puisées dans la première partie du livre. C'est dire que plusieurs extraits paraîtront brusquement interrompus et que d'autres poseront des questions sans apporter les réponses. Ceux qui voudraient connaître le reste attendront la publication espérée de « L'Intrus » en version française complète.·

          Lvov, terre « fertile » , début d'un long itinéraire L'Intrus (1/12)

          LEOPOLD UNGER

          Le chemin d'une vie. C'est ce que raconte Leopold Unger, journaliste au « Soir » sous le pseudonyme de Pol Mathil, dans son livre « Intruz », publié en polonais. C'est ce que vous pourrez lire en 12 épisodes dans « Le Soir », qui publie des extraits du livre. Tout commence à Lvov, une ville aux trois nations et trois nationalismes. Les Unger y changeront quatre fois de drapeau en cinq ans de guerre, sans changer de domicile.

          Combien de fois un homme normal entre-t-il dans l'âge adulte? Cela dépend. Le Juif normal entre dans l'âge adulte à 13 ans, à l'occasion de la bar-mitsva, cette cérémonie simple ou faste suivant l'état de fortune des parents ou leur degré d'attachement à la tradition et à la religion par laquelle l'adolescent se voit accorder le droit de participer aux prières nécessitant la participation d'au moins dix Juifs adultes. J'ai mentionné « le Juif normal ». Mais y a-t-il des Juifs normaux, surtout dans ma génération ? En ce qui me concerne, il s'avérera qu'après la bar-mitsva, laquelle s'est déroulée sans susciter plus de problèmes que d'intérêt aux alentours du 12 août 1935 dans notre synagogue de quartier à Lvov (en polonais Lwow, en allemand Lemberg, en ukrainien Lviv), peu d'événements survenus dans les soixante années qui ont suivi méritent le qualificatif de « normal ».

          Quatre ans après la bar-mitsva « normale », je devais passer par une seconde confirmation, nettement plus laïque, mais constituant mon vrai laissez-passer pour la vie adulte. C'était le 12 octobre 1939. Nous étions, mon frère Léon, de 9 ans mon aîné, et moi sur la route depuis près d'un mois. Nous avions quitté Lvov, comme tous les autres, à la mi-septembre 1939, à l'heure où les Allemands fonçaient vers l'Est. Nous avions passé la frontière roumano-polonaise le 17 septembre, et appris une fois de l'autre côté que Lvov ne serait pas allemand, mais soviétique...

          Mes parents naquirent et se marièrent dans la Galicie (1) sous domination autrichienne, bâtirent leur subsistance à partir de zéro et fondèrent une famille en Pologne, périrent dans l'Allemagne hitlérienne, et furent ensevelis dans une tombe inconnue en république soviétique d'Ukraine. Tout cela sans avoir changé d'adresse : rue Grodecka, 99 à Lvov. Pour ma part, je suis né à la même adresse, à Lvov, dans une Pologne à ce moment indépendante. Je quittai cette même maison en 1939 à l'âge de 17 ans, pour mon premier exil politique, à destination de la Roumanie. J'étais totalement seul au monde lorsqu'en 1948 j'arrivai à Varsovie, capitale de la Pologne communiste. La deuxième guerre mondiale a tout ôté, vie incluse, aux Unger, sauf à moi. C'est donc à partir de rien qu'à Varsovie j'ai recréé une famille et retrouvé une raison d'être. Je n'ai réussi, mais alors là de façon exceptionnelle, que la famille. Tout le reste cette fois sans la vie fut repris aux Unger par le vent de l'histoire, soit les années 67-68, qui les jeta à nouveau de Pologne vers l'exil politique. En Belgique cette fois où, j'espère pour la dernière fois, les Unger reprirent leur existence à partir de zéro.

          Mon unique frère naquit dans le Lvov autrichien, étudia et se maria dans la même ville devenue entretemps polonaise, passa une partie de la guerre au goulag soviétique et le reste dans l'Armée du général Anders (2) en combattant en Afrique et en Italie. Sous-lieutenant juif dans l'armée polonaise, tombé en terre italienne près de Bologne en janvier 1945 sous les ordres d'un maréchal anglais, Léon Unger repose au cimetière militaire polonais de Loreto, près d'Ancône.

          Lonek, comme on l'appelait, fut un enfant du Lvov polonais. Une ville aux trois nations : la polonaise, comptant 200.000 habitants, l'ukrainienne, qui en comptait 60.000, et la juive, laquelle en comptait 100.000. Une ville à trois nationalismes acérés, trois ambitions, philosophies et religions, trois équipes « ethniques » de football (Pogon,
          • Gość: L'Intrus-2 Lvov Re: Pol Mathil, alias Leopold Unger IP: *.187-128-109.adsl-dyn.isp.belgacom.be 21.12.11, 13:28
            Lonek, comme on l'appelait, fut un enfant du Lvov polonais. Une ville aux trois nations : la polonaise, comptant 200.000 habitants, l'ukrainienne, qui en comptait 60.000, et la juive, laquelle en comptait 100.000. Une ville à trois nationalismes acérés, trois ambitions, philosophies et religions, trois équipes « ethniques » de football (Pogon, Ukraina et Hasmoneïa), trois grands journaux « ethniques » (le « Nouveau Siècle » polonais, « L'Instant » juif mais en polonais, et « La Cause » ukrainienne), et un nombre infini de conflits croisés impliquant à chaque fois deux, ou les trois parties prenantes.

            Aux Juifs, peu aimés à Lvov, ni des Polonais ni des Ukrainiens, eux-mêmes pourtant également réprimés, s'offrait un triple choix : l'espoir démocratique, soit celui de la tolérance pour les Juifs religieux et de l'assimilation pour tous les autres, une voie parsemée d'embûches antisémites ; l'émigration, soit le sionisme, un chemin tout aussi difficile car les Britanniques avaient fermé la Palestine; enfin un programme radical d'égalité des droits, soit le Parti socialiste polonais ou le communisme.

            Lonek passa son baccalauréat et réussit le concours d'entrée en faculté de droit, mais étant Juif, de surcroît suspecté de sympathies communistes, il ne fut pas reçu au premier essai. Il décida donc à 18 ans de tenter une route détournée en se portant volontaire à l'armée. Affecté à l'Ecole d'infanterie de Srem près de Poznan, c'est comme adjudant chef de peloton qu'un an plus tard Léon Unger força l'entrée à la faculté de droit de l'Université de Lvov. Les temps comme les études n'étaient pas faciles pour les Juifs. Aux persécutions politiques s'ajoutaient le boycott économique, les piquets devant les magasins juifs et les échauffourées menées par des commandos antisémites. En dépit de l'attitude digne et responsable d'un trop faible nombre d'admirables professeurs et de la présence de quelques organisations de gauche, c'étaient les corporations estudiantines nationalistes ou fascisantes qui faisaient la loi sur les campus. Ils étaient « extraterritoriaux » : la police n'y avait accès que sur demande du recteur. Le numerus clausus, ou plutôt numerus nullus, qui limitait ou excluait de fait les Juifs, ainsi que la pratique d'un « ghetto des bancs », rendait les études très pénibles aux Juifs. L'apparition d'un Juif pouvait se solder par un tabassage, voire une tragédie. Quelques Juifs furent tués en plein milieu des bâtiments universitaires.

            Lonek était décidé à ne pas se laisser faire. Lorsque s'annonçaient des incidents, il apparaissait vêtu de son uniforme, et prenait place ou il le jugeait bon. L'adjudant chef de peloton Unger était le plus haut gradé des étudiants des premières années de droit, et son uniforme le rendait pratiquement intouchable.

            L'appartenance au mouvement communiste illégal était dans les milieux de la jeune intelligentsia juive à Lvov un phénomène aux confins du désespoir, de l'espoir, de l'idéologie et... du folklore. Le groupe d'étudiants auquel appartenait Lonek pour l'essentiel des enfants de la bourgeoisie juive était systématiquement arrêté du 1er au 3 mai, ainsi qu'aux alentours du 11 novembre (3). Leur séjour, généralement dans une même cellule, était consacré à l'approfondissement du marxisme-léninisme et du... bridge !

            Immédiatement après ses études, Lonek épousa Irena Wittlin, décrocha un job et, arrivé à la conclusion que nos parents ne pouvaient assurer l'éducation qu'il fallait à son jeune frère, décida de s'en occuper lui-même. C'est ainsi que j'habitai plusieurs années chez eux, au milieu des journaux, des livres et de... communistes. Elève au lycée juif de Lvov, qui dispensait en polonais tout le programme de l'enseignement officiel, plus l'hébreu, la religion et l'histoire des Juifs, je bénéficiai alors de mes quelques et uniques années sans soucis. Je traversai la période scolaire sans anicroche majeure. J'étais paresseux mais doué, consacrais des cours entiers à lire les livres cachés sous le banc (Karl May, Zevaco, Dumas, Balzac, Stendhal et même Maeterlinck ). Nos enseignants étaient extraordinaires. Certains ne devant qu'au fait d'être Juif d'enseigner au lycée et non en chaire universitaire.

            Nous passions des vacances superbes avec Lonek et Irena : ski le jour et bridge en soirée, et surtout, cet accès au milieu intellectuel de gauche et aux soirées emplies de discussions politiques. La conspiration, plutôt drôle, reposait tout de même sur la confiance mutuelle: bien que plus jeune d'une demi-génération, c'est chez Lonek et Irena que je découvris la valeur et le sens de l'amitié.

            Survint septembre 1939. Je me souviens des bombes : dès le premier jour, elles tombèrent près de nous. Les armées d'Hitler approchaient de Lvov. Lonek ne voulait pas attendre. « Partons, dit-il, nous reviendrons lorsque tout cela se calmera. » Elevés en allemand sous la clémente domination autrichienne, mes parents Samuel et Sara furent victimes d'un raisonnement répandu à l'époque: bien sûr, il se passe quelque chose de vilain là-bas à Dachau, mais il n'y a pas de raison de transférer ces problèmes ici. Le terme « holocauste » était encore inconnu. « Vous les jeunes, dirent en substance mes parents, partez, à tout hasard. A nous les vieux - ils avaient la cinquantaine à l'époque , les Allemands, une nation à la grande culture en somme, ne feront rien de mal. »

            Après l'assaut allemand sur l'Union soviétique en juin 1941, lorsque la Roumanie où j'étais et Lvov se retrouvèrent sous le même joug de Hitler, je reçus quelque temps encore des cartes de ma mère, moins souvent de mon père, écrites en allemand. Des cartes pleines d'inquiétude et de questions sur mon frère et moi, et que je conserve encore. Elles constituent une chronique bouleversante de résignation sur le transfert au ghetto de Lvov, puis un registre des disparitions de proches, enfin d'Irena et de ses parents. Un jour, la correspondance s'est interrompue, il n'y eut plus de carte postale.

            Je me suis retrouvé à Lvov, désormais Lviv ukrainien, le 23 août 1992, à l'occasion de l'inauguration d'un monument érigé sous l'impulsion des Juifs de Lvov dispersés dans le monde, devant l'ancienne entrée du ghetto. Je ne pus me rendre sur la tombe d'aucun de mes proches. Elles n'existent pas. Ils périrent tous fusillés sur « les Sables », les collines du camp Janowski, à côté du ghetto, leurs dépouilles furent brûlées, les cendres dispersées. Sur le terrain se dresse aujourd'hui un pénitencier ukrainien. Ma dernière image, vue depuis la grille de la prison, est celle d'habitants équipés de pelles et de fourches rejoignant leurs jardins potagers. La terre y est, m'a-t-on dit, particulièrement fertile.·

            Traduit du polonais par Jurek Kuczkiewicz.

            (1)Région polonaise occupée au XIXe siècle par L'Autriche. À ne pas confondre avec la Galice espagnole.

            (2) Armée composée des Polonais pris en captivité par l'Armée rouge lors de l'invasion simultanée de la Pologne par Hitler et l'URSS en 1939.

            (3) Le 3 mai comme le 11 novembre étaient, et sont de nouveau depuis la chute du communisme, deux fêtes nationales polonaises.

            Demain : « La lettre de Lonek, mon passeport pour la vie »
    • Gość: stwierdzam Re: Zmarl w Belgii polski dziennikarz, Unger Leop IP: *.fbx.proxad.net 21.12.11, 13:58
      wiemy ze potrafisz kopiować i wklejać a gdyby to wszystko przetłumaczyć na polski dla nie frankofonów to by było czymś

      bo niestety muszą to czytać w polskich mediach ............

      ale tacy głupi nie są i sami potrafią znaleźć bez specjalnego szukania....
      • Gość: Do stwierdzam Re: Zmarl w Belgii polski dziennikarz, Unger Leop IP: *.187-128-109.adsl-dyn.isp.belgacom.be 21.12.11, 14:11

        Z Francji, czytaje nasz forum. Nie tylko z Polski.

        Zycze ci same pozytwyne slowa w nowym roku 2012.
    • Gość: stwierdzam Re: Zmarl w Belgii polski dziennikarz, Unger Leop IP: *.fbx.proxad.net 24.12.11, 09:20
      Na pewno poinformowany donosiciel skopiuje gdzieś nekrolog aby chętni mogli uczcić zmarłego uczestnicząc w pogrzebie .

      Ale o tym nie trzeba przypominać bo to "ça va de soi"
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