kochanica.francuza
09.05.04, 16:10
Nicolas Sarkozy fixe le cap
Devant 300 journalistes, Nicolas Sarkozy, un mois après son arrivée à Bercy, a
dévoilé la politique qu'il entend mettre en oeuvre. Montrer l'exemple en
réduisant la dette de l'Etat pour rassurer et inciter les Français à
consommer, réinscrire au coeur du débat les sujets qui dérangent : le nouveau
ministre de l'Economie tranche avec ses prédécesseurs.
Par Christophe Doré
[07 mai 2004]
Son scénario ressemble à celui d'un film de Frank Capra. Après de multiples
embûches, le héros découvre que les vicissitudes de l'existence ne sont pas si
graves et que, dans le fond, avec seulement un peu de bonne volonté et une
approche positive, la vie est plutôt belle.
De retour à Bercy, où il a été, de 1993 à 1995, ministre du Budget, l'ancien
ministre de l'Intérieur a pris possession de ses nouvelles fonctions avec une
idée simple que n'aurait pas désavouée en son temps Margaret Thatcher : «Pour
son pays comme pour sa famille, il n'est pas souhaitable de dépenser plus que
ce que l'on a.»
La phrase a fait sourire les grands argentiers et quelques inspecteurs des
finances. Depuis 1975, date du passage de Jacques Chirac à Matignon, ils n'ont
guère pris le risque d'enrayer l'endettement chronique de l'Etat français.
Socialement trop dangereux. La gestion de la dette restait assez opaque pour
ne pas alarmer l'opinion publique. Quand le sujet remontait à la surface, il
était rapidement éludé. Dans les débats télévisés, dès qu'un homme politique
de droite ou de gauche osait aborder le thème de l'endettement, on entendait
le sempiternel «n'assommez pas les Français avec des chiffres» !
Pourtant, trois données suffisent à expliquer la motivation de Nicolas Sarkozy
aujourd'hui. La dette publique est abyssale. Estimée à 1 000 milliards
d'euros, elle équivaut à 64,4% de la richesse produite aujourd'hui en France.
Pour la rembourser, chaque Français devrait verser un peu plus de 16 000
euros. Assainir les comptes de l'Etat reste un préalable selon le nouveau
ministre de l'Economie. «C'est mon objectif pour 2006», a-t-il précisé en
stigmatisant la charge de cette dette dont le remboursement des intérêts
«représentera 40 milliards d'euros en 2004, davantage que l'ensemble des
crédits consacrés aux politiques de l'emploi».
Ce n'est pas un hasard s'il a ouvert son premier grand rendez-vous, mardi
dernier, par ce thème, se plaçant sous les drapeaux français et européen comme
l'aurait fait un chef d'Etat. Nicolas Sarkozy croit pouvoir expliquer aux
Français la situation difficile du pays sans les alarmer. Il croit aux vertus
de la pédagogie.
Le déclin n'est pas une fatalité
Pour cela, il a replacé le sujet économique sur le plan politique, sans éviter
pour autant les attaques frontales contre les gestionnaires passés : «Si nos
finances publiques en sont là, c'est notamment parce que la période de
1998-2000 de croissance très dynamique n'a pas été mise à profit pour
restaurer l'équilibre des finances publiques», a t-il rappelé, attaquant ainsi
le gouvernement Jospin aux affaires durant cette période.
Et alors qu'une partie de la droite avait renoncé à en débattre, il n'a pas
hésité à relancer la question des ruineuses 35 heures. «Un contresens
économique (...) dont il faudra parler un jour avec les partenaires sociaux»,
soutient Nicolas Sarkozy, pour qui la France, en adoptant cette mesure, s'est
tiré une balle dans le pied en «bridant à la fois son offre et sa demande».
Cap libéral ? Pas si simple. Sur un tout autre terrain, il s'oppose, en effet,
aux libéraux choqués par l'intervention de l'Etat dans le dossier
Sanofi-Aventis. «Ce n'est pas un droit pour l'Etat d'aider ses industriels,
c'est un devoir», affirme-t-il, ajoutant avec des accents pompidoliens qu'«il
ne croit pas que le déclin soit inéluctable» et qu'«il nous appartient de
dessiner le visage d'une France dotée de pôles d'excellence industrielle (...)
où chacun aura sa chance».
Redonner confiance aux ménages en leur montrant qu'il n'y a pas de fatalité
aux déficits, ni à une croissance faible, ni aux délocalisations, ni au
chômage, voilà ce qu'espère Bercy.
Le ministre de l'Economie l'a martelé, et depuis qu'il est installé au sixième
étage du paquebot des Finances qui écrase la Seine, il bouscule son ministère
pour y parvenir.
Autour de lui une garde rapprochée d'une vingtaine de conseillers et de
secrétaires ont organisé le décor et mis en lumière sa vision. Tous viennent
de la Place Beauvau et impriment leur rythme à l'énorme machine censée
stimuler le faible pouls de l'économie française.
L'ex-ministre de l'Intérieur, seul capable aujourd'hui de motiver une droite
assommée par les élections régionales et qui hésite à gouverner comme elle
l'entend, sait que le pari qu'il relève est un véritable quitte ou double.
Il doit trouver la solution à une équation quasi insoluble : soutenir la
croissance tout en réduisant les dépenses de l'Etat, sans augmenter les
impôts. Autre impératif : le taux de chômage qui doit baisser, et vite, au
risque de voir le moral des ménages s'écrouler définitivement et la soif de
consommer, déjà faible, se figer sur les comptes d'épargne.
Pour diminuer ses dettes sans augmenter ses revenus (les impôts), l'Etat va
donc réduire son train de vie et entamer son capital dormant, raisonne Nicolas
Sarkozy en bon père de famille.
Il poursuit la réduction des effectifs de la fonction publique, appliquée
«avec discernement». Le salaire des fonctionnaires représente 43% du budget de
l'Etat. Trop pour le ministre de l'Economie qui a annoncé, dans son ministère,
le non-remplacement de 5 000 postes budgétaires d'ici à 2007.
Le gel de 7 milliards d'euros de dépenses sur le budget 2004 va dans le même
sens, tout comme l'idée d'élaborer des règles strictes de gestion pour les
collectivités locales et les organismes sociaux.
Côté capital, Nicolas Sarkozy compte sur 100 000 mètres carrés de bureaux
appartenant à l'Etat. Ils seront vendus. Et 600 tonnes d'or de la Banque de
France également. L'Etat profitera des intérêts, environ 200 millions d'euros
par an. Enfin, les privatisations : 35% du capital de la Snecma avant le 30
juin (entre 1,6 et 2 milliards d'euros) et celles des sociétés autoroutières
Sanef et SAPRR auront bien lieu avant la fin de l'année. Tout comme «d'autres
opérations» (France Télécom, Air France...), dont Nicolas Sarkozy a précisé
qu'elles ne serviraient qu'à diminuer la dette.
Inciter les Français à consommer
Reste à entraîner une reprise de la consommation pour que l'Hexagone sorte
d'une croissance molle systématiquement inférieure de plusieurs points à celle
des Etats-Unis ou de nos voisins britanniques.
L'exercice n'est pas facile. Il se heurte à la fois à des intérêts
corporatistes (ceux de la grande distribution, dont la politique de prix
aurait réduit le pouvoir d'achat des ménages en 2003) et aux syndicats opposés
à un assouplissement des règles d'ouvertures dominicales.
Quant à l'idée de puiser dans le bas de laine des Français pour dynamiser le
commerce, elle n'est pas nouvelle. Même si les mesures proposées, extrêmement
pragmatiques, peuvent inciter un transfert des épargnes d'une génération à
l'autre (jusqu'à 20 000 euros non imposables), rien ne démarrera sans la
confiance.
Or Nicolas Sarkozy est loin d'avoir la même liberté que Frank Capra imprimant
sur la pellicule sa vision du monde. Si comme dans le Hollywood des années 50
le ministre des Finances dispose de scéna