absztyfikant
15.10.06, 23:19
La notion du dialogue des civilisations est devenu partie prenante du
discours politique actuel. Il y a par le monde des instituts et des
fondations qui consacrent leur travail entièrement à cette problématique.
UNESCO en tant que l’organisation spécialisée dans le système des Nations
Unis entreprend des initiatives de recherches et de débats dans ce domaine.
Certains gouvernements nationaux, comme le gouvernement d’Iran, proposaient à
en faire l’objet de la politique internationale. L’Union Européenne a, pour
sa part, lancé une initiative du dialogue interculturel pour rapprocher les
cultures des peuples européens et mieux gérer la diversité culturelle à
l’intérieur de l’Union. L’année européenne du dialogue interculturel, prévue
pour 2008, est présentée comme l’instrument de réalisation des priorités
stratégiques. La création à Alexandrie en 2005 de la Anna Lindh Foundation
for the Dialogue Between Cultures s’inscrit de façon intéressante dans la
Partenariat Euro-Méditerranéen et est considérée comme une des plus
importantes initiatives. La liste de toutes les initiatives dans ce domaine
ainsi que la liste de travaux d’analyses et de programmes qui répondent dans
l’internet à ce sujet est imposante. C’est la preuve de l’intérêt que ce
sujet suscite. Mais on peut craindre que cette inflation d’initiatives et de
publications ne soit l’effet de la mode, qui parfois apparaît dans la vie
intellectuelle et politique, et, dans ce cas, pourrait disparaître après une
brève période du temps.
On pourrait lier le fait que le dialogue entre civilisations est devenu un
concept à la mode, avec la parution du livre de Samuel Huntington présentant
la thèse sur le « choc des civilisations ». Les polémistes du politologue de
Harvard cherchaient des arguments s’inscrivant en faux contre sa thèse ou
bien, ayant l’accepté, essayaient de lui juxtaposer des programmes
d’apaisement de la situation. C’est dans les réalités de la mondialisation
que l’on peut voir l’origine de cet intérêt pour le dialogue entre les
civilisations. La montée du fondamentalisme islamique, le raidissement des
conflits religieux ou idéologiques, le terrorisme motivé par les raisons
religieuses ou idéologiques incitaient de façon naturelle à formuler un cadre
intellectuel qui remplacerait le conflit par le dialogue.
Dans la philosophie d’action menée par la Société Européenne de Culture le
dialogue entre les civilisations avait sa place naturelle. La guerre froide a
crée une culture spécifique de confrontation qui concernait non seulement les
super-puissances disposant d’énormes potentiels militaires ; c’est non
seulement deux camps politiques et idéologiques qui s’y engageaient, mais
aussi les civilisations. La SEC voulait d’une part faire sortir la culture de
cette confrontation globale et, d’autre part, considérer la politique de la
culture comme le moyen de dépasser l’enchaînement des conflits. Il vaut la
peine de rappeler l’originalité de la pensée d’Umberto Campagnolo qui voyait
dans la notion de la politique de la culture une dualité singulière : « elle
est à la fois culture, en tant que création et politique, en tant que
destinée à réaliser les conditions les meilleures de la création. ». En
s’attachant à l’affirmation de l’autonomie majeure de la culture, Campagnolo
ne voulait pas la traiter comme l’instrument d’atténuer les conflits ou les
confrontations, mais cette sphère particulière où il n’y a pas de place à la
violence et les conflits sont désamorcés par l’intermédiaire du dialogue et
par la référence à la raison. L’importance du dialogue Campagnolo présente
dans une belle phrase : « Antagonismes, haines, incompréhensions humaines,
mystères naturels, le dialogue est capable de résoudre et de dominer tout
cela ; ses solutions, et elles seules, sont véritablement humaines et
conformes à la civilisation. »
On peut avoir des doutes si dans le monde divisé de façon manichéenne entre
deux camps politico-militaires, dont l’un était fondé autour d’;une idéologie
totalitaire et l’autre se référait aux valeurs fondamentales de l’Occident,
une telle noblesse d’intention pouvait trouver un champs d’application réel.
Mais, à présent, au seuil du XXIe siècle la politique de culture prônée par
Campagnolo et par la SEC prend un sens nouveau en tant que perspective du
dialogue des civilisations. Il me semble opportun que la SEC entreprenne un
effort pour réactualiser ce concept, tout en s’opposant à la routine de
political corectness et à l’instrumentalisation politique qui apparaissent
souvent dans la façon de traiter ce sujet.
Nous avons besoin de clarté dans l’articulation de la substance du dialogue
entre les civilisations pour atténuer le danger de tomber dans la rhétorique
et pour assurer le minimum de cohésion d’approche et de la compréhension
mutuelle.
Commençons par la notion même du dialogue qui, dans la pensée d’Edgar Morin,
est un héritage de la philosophie grecque antique à vocation universelle,
mais aussi le trait caractéristique de la civilisation européenne. Elle
dépasse bien l’échange de pensées ou l’entretien entre des personnes
différentes. La condition première du dialogue est la reconnaissance mutuelle
de la part des partenaires de leurs identités propres. En d’autres termes il
faut assurer dès le départ le respect de la différence. La seconde condition
en est d’assurer la communication réciproque, et ceci demande une curiosité
sinon l’ouverture d’esprit à l’égard des autres civilisations. La troisième
condition est de voir une certaine base commune des civilisations qu’est le
respect de l’homme et de son talent créateur. En acceptant ces trois
principes de départ on peut espérer que le dialogue puisse s’engager dans les
conditions de bonne volonté, à pied d’égalité, en dehors d’un tension de
confrontation idéologique.
La réflexion historique et philosophique sur le concept de civilisation –
ainsi que celui de la culture – ne se laisse pas résumer facilement et ne
permet pas d’établir une définition consensuelle de ces concepts, d’autant
plus que dans différentes langues se sont déjà établies des traditions
lexicographiques différents : les mêmes mots sont utilisés dans un sens
différent dans, par exemple, l’allemand et le français. Pourtant, le lecteur
de l’immense fresque de l’histoire du monde et de ses civilisations dessinée
par Arnold Toynbee ou de la brillante synthèse présentée par Fernand Braudel
sous le titre « Grammaire des civilisations », saisit bien quels sont les
contours du concept de la civilisation. Il s’agit des grands ensembles,
formés en réponse à de grands défis naturels et culturels, au cours des
siècles d’échanges renforcés et de la vie commune, parfois avec une langue
commune de communication et souvent avec une structure de valeurs commune. La
diversité de l’expression artistique et intellectuelle à l’intérieur de
chaque civilisation va le plus souvent avec la formation des matrices de
formation culturelle communes : il suffit de juxtaposer la musique
symphonique européenne et la musique t