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26.09.03, 19:35
23 septembre 2003
Le Likoud s'attaque au discours de paix de prêtres chrétiens
Les théologiens palestiniens de la libération
L'image de marque d'Israël dans le monde est gravement atteinte par les
appels à l'aide la communauté chrétienne palestinienne. Aussi, le Likoud et
le gouvernement Sharon ont-ils développé une stratégie de désarabisation de
l'Église catholique en tentant de susciter la création par Rome d'un
patriarcat hébraïque de Jérusalem. Leur lobbying au Vatican est appuyé par le
cardinal Jean-Marie Lustiger.
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Manifestation oecuménique à Jérusalem en Mars 2003
Mounib Younan (évêque luthérien), Anba Abraham (patriarche copte orthodoxe),
Mgr Arstarchos, Muhamad Al-Madani (gouverneur de Bethléem), Michel Sabbah
(patriarche latin), Riah Abu Al-Asal (évêque anglican)
Les 160 000 chrétiens de « Terre sainte » ont développé une réflexion sur
leur foi dans la situation politique particulière qui est la leur, à savoir
leur discrimination actuelle par un État qui se réclame de l'Ancien
Testament.
Le pasteur anglican Naim Stifan Ateek a ainsi publié, en 1989, La Justice et
seulement la Justice, qui a posé les fondements d'une théologie palestinienne
de la libération : si le Christ est venu libérer l'humanité du péché, que
doivent faire ses disciples face à la violence de l'État d'Israël ? Le
révérend Naim Stifan Ateek anime à Jérusalem le Sabeel Center, sous le haut
patronage de Mgr Desmond Tutu, lauréat du prix Nobel de la paix, où il reçoit
de nombreuses personnalités politico-religieuses comme le révérend Jesse
Jackson.
Du côté catholique, le père Rafiq Khouri est devenu la figure emblématique de
ce mouvement.
Ces théologiens de la libération entretiennent des liens étroits non
seulement avec leurs homologues chrétiens du Liban et d'Amérique latine (où
réside une important communauté proche-orientale), mais aussi avec leurs
homologues musulmans du Proche-Orient, notamment ceux du Hezbollah.
En Israël/Palestine, l'Église catholique est placée sous l'autorité du double
patriarcat de Jérusalem. Celui-ci est divisé en une branche de rite latin, de
loin la plus importante, dirigée par S. B. Mgr Michel Sabbah (dont l'autorité
s'étend aussi aux catholiques de Jordanie et de Chypre), et une branche de
rite greco-melkite. Cette organisation reflète la longue histoire de la «
Terre sainte » et transcende la frontière géographique - au demeurant
mouvante et contestée - entre État d'Israël et Territoires palestiniens. La
plupart des fidèles des deux rites sont de langue maternelle arabe. La
communauté catholique entretient d'excellents rapports avec les autres
communautés chrétiennes d'Israël/Palestine : principalement anglicane,
luthérienne et surtout orthodoxe [1]
Mgr Sabbah a multiplié les initiatives communes avec l'archevêque anglican,
Riah Abu Assal et l'évêque luthérien, Munib Younan, pour dialoguer avec
rabbins et imams. Les trois chefs chrétiens n'ont pas hésité à rencontrer
ensemble le Sheikh Yassin, leader spirituel du Hamas pour tenter, en vain, de
le convaincre de renoncer à la violence contre les civils.
Manifestation oecuménique
à Jérusalem en décembre 2001
Le Likoud en général et Ariel Sharon en particulier ont conscience que leur
image de marque dans le monde catholique dépend du témoignage de l'Église
d'Orient. C'est pourquoi ils se sont donné comme objectif d'obtenir de la
papauté une condamnation de la théologie palestinienne de la libération et un
démantèlement du patriarcat. Ils n'ont pas tardé à trouver des relais dans la
hiérarchie romaine la plus réactionnaire, notamment le cardinal-archevêque de
Paris, S. Ém. Jean-Marie Lustiger, et le théologien de la Maison pontificale,
George Cottier.
En octobre 2002, pour entraver la diffusion en France du livre du patriarche,
Paix sur Jérusalem, propos d'un évêque palestinien, la revue des jésuites
français, Études, a publié un violent réquisitoire du père Jean Dujardin
contre S. B. Mgr Michel Sabbah l'accusant de s'éloigner dangereusement de la
vision de l'Église vis-à-vis du judaïsme [2].
Du rapprochement entre le Likoud et les durs du Vatican est né le projet du
gouvernement Sharon d'obtenir la création par Rome d'un nouveau patriarcat de
langue hébraïque. Il permettrait à terme de qualifier Mgr Michel Sabbah
d'évêque des Palestiniens et le nouveau patriarche d'évêque des Israéliens.
Ainsi la parole contestatrice des prêtres de la région, qui ne cessent
d'alerter les catholiques du monde entier sur les conditions de vie de leurs
fidèles, serait réduite à une simple acrimonie nationaliste et disqualifiée.
Le Likoud a imaginé une vague justification de cette nouvelle structure :
environ 15 000 travailleurs migrants catholiques installés provisoirement en
Israël ne sont pas de langue arabe. Certains sont Polonais, Français ou
Philippins. Certes l'idéal serait que leurs pasteurs puisent leur parler dans
leurs langues maternelles respectives, mais à défaut, ils pourraient
s'adresser à eux en hébreu, langue qu'ils doivent tous apprendre pour
travailler en Israël. D'ores et déjà ces ouailles sont invitées à se
regrouper au sein de l'Œuvre de saint Jacques l'Apôtre, qu'il reste à élever,
à terme, au rang de patriarcat.
Néanmoins cette œuvre n'a pour le moment pas réussi à rassembler plus de 250
personnes. Peu importe puisque ce n'est pas le nombre qui est recherché, mais
le symbole. Bien entendu, Tel Aviv a déjà choisi le rival de Mgr Sabbah : le
14 août 2003, S. S. Jean-Paul II lui a adjoint un évêque auxilaire… le prêtre
bénédictin Jean-Baptiste Gourion, abbé de l'Œuvre de saint Jacques l'Apôtre
et lauréat, en 2002, du prix de l'amitié judéo-chrétienne décerné par la
Knesset. Celui-ci a pris comme porte-parole Jean-Marie Allafort,
correspondant du site de communication extrémiste Proche-orient.info.
En outre, le Likoud a impulsé une campagne internationale de dénigrement du
patriarcat et des théologiens palestiniens de la libération. Il a d'abord cru
pouvoir instrumentaliser le curé de Nazareth, le père Émile Shoufani, dont le
frère présente le journal télévisé en arabe de la télévision nationale
israélienne. Benjamin Netanyahu est même intervenu au Vatican pour demander
que Shoufani soit nommé évêque melkite. Son discours centré sur la compassion
pour la souffrance juive de la « Shoah » permettait d'évacuer celui des
théologiens de la libération centrés sur le martyre du peuple palestinien.
Cependant la réussite du père Shoufani a rapidement exaspéré certains juifs
orthodoxes pour qui la parole sur la « Shoah » doit rester un monopole juif.
Ainsi, en France, l'Observatoire du monde juif de Shmuel Trigano a-t-il
consacré une partie de son bulletin de juin 2003 à mettre en cause la
sincérité du père Émile Shoufani qui avait organisé un pèlerinage multi-
ethnique à Auschwitz [3]. La compassion dont il fait preuve vis-à-vis des
juifs victimes de la solution finale serait précisément le signe de sa
perversité. Cette campagne internationale a suscité en contrecoup la remise,
le 8 septembre 2003, par Koïchiro Matsuura du prix UNESCO de l'éducation pour
la paix à Émile Shoufani.
Pour le général Sharon, il est plus que jamais indispensable de
déchristianiser la cause palestinienne et de désarabiser l'Église d'Orient.
Thierry Meyssan
Journaliste